Quelques traces d’histoire anarcho-syndicalistes à Montréal
en construction
1989 – Publication de l’autobiographie d’Anna Delso

Éditions la pleine Lune
Paru en espagnol chez Estudios Libertarios Anselmo Lorenzo, Madrid, 1998.
S.D. Le projet Libertaire: pour un syndicat anarchiste

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1982 – Journal Dissidence

Lire le journal au complet à partir des images du journal.
Contient un article écrit par Anna Delso
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1982 – Manifestation du premier mai 1982

1977 – Article sur l’anarcho-syndicalisme dans le journal »La Nuit »


1976 – Deux conférences d’Augustin Souchy dans les bureaux de la CSN sur St-Denis à Montréal



1967 – Conférence de Federica Montseny à Montréal
Encadré dans le Journal montréalais Logos

1963 – Publication de « Reflejos » par la fédération locale CNT-AIT de Montréal

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Merci au Centre de recherche en imagerie populaire (CRIP-UQAM) pour les photos.
Qui était A. Monros? (en catalan)
Autre courte biographie de A. Monros (en catalan)
S.d. LE CANADA ET LA C.N.T.

La majorité des réfugiés politiques espagnols, parmi lesquels nous comptons tout particulièrement les exilés de la guerre civile espagnole de 1936-1939, ont cherché un pays qui les accueille, où ils puissent vivre humainement ; c’est-à-dire sans plus ou moins d’oppressions matérielles et morales. Ceux qui sont arrivés au Canada après la Seconde Guerre mondiale de 1939 ont rencontré de nombreux inconvénients et pas moins de difficultés pour s’adapter au mode de vie du pays, parmi lesquels la langue anglaise a indéniablement été le principal obstacle au développement de leurs activités professionnelles et culturelles, sans oublier que la mentalité dominante de la nation à cette époque, entièrement dominée par l’Église, obligeait beaucoup de ces réfugiés à céder aux caprices de la religion ou à jouer hypocritement le jeu des prêtres et des religieuses, s’ils souhaitaient trouver l’occupation nécessaire pour pouvoir subsister avec leur famille, ou bien prendre une direction différente, traînant avec eux et leurs malheurs des bagages détériorés par le temps.
Ces moments si inopportuns pour les exilés espagnols ont cependant été ceux qui les ont encouragés à créer leurs organismes politiques et syndicaux, faisant peu de cas du système absolutiste en vigueur dans le pays. À Montréal, ville de deux millions d’habitants, la Fédération Locale de la C.N.T. d’Espagne en Exil a été vigoureusement constituée, composée d’environ 100 membres, tous aussi dynamiques les uns que les autres. Ces camarades, avec l’ensemble des organismes antifascistes et antitotalitaires, ont créé la Ligue Démocratique Espagnole au Canada, donnant naissance en même temps à son organe d’expression, intitulé « Bulletin de la Ligue Démocratique Espagnole », excellent porte-parole, qui informait et contenait des travaux bénévoles non moins précieux, de plumes sélectionnées de l’Exil. Leurs activités contre le régime franquiste, tout comme leurs efforts culturels, ont suscité de grandes sympathies parmi les Espagnols eux-mêmes et parmi les Canadiens qui désiraient connaître avec précision le travail réalisé en Espagne durant la révolution par le peuple espagnol.
Les autorités consulaires franquistes de Montréal ne reposaient ni ne dormaient en voyant l’essor que ce mouvement antifasciste prenait avec le temps et les travaux fructueux qui étaient menés quotidiennement contre le gouvernement du général Franco.
Pour contrer ce puissant organisme, ils ont fondé un club récréatif censé affaiblir la Ligue Démocratique Espagnole. La plupart de leurs distractions étaient gratuites, mais cela n’a pas pu tromper ceux qui les connaissaient depuis longtemps, et ils ont rapidement été vaincus avec un échec retentissant.
À Toronto, le groupe de camarades précieux ne négligeait pas non plus les occasions de se manifester et d’extérioriser leur rejet du régime franquiste, organisant des manifestations et d’autres mouvements de protestation contre le terrorisme fasciste espagnol.
À Calgary, la Fédération locale de la C.N.T. d’Espagne en Exil a été créée, qui, tout comme les localités déjà nommées, ne cessait ses activités en faveur de la cause du peuple espagnol. Le Spanish Canadian Club organisait des fêtes et des danses qui attiraient de nombreux Canadiens et d’autres nationalités, amateurs de musique espagnole, tout en faisant connaître le motif de notre lutte sans relâche contre la dictature franquiste.
Toutes ces manifestations ont perdu de leur ardeur et de leur enthousiasme au moment où il était le plus approprié de les poursuivre et de les élargir. À quoi cela est-il dû ? Nous l’expliquerons :
Tant que les réfugiés politiques espagnols ne pouvaient pas se développer individuellement en raison de leur méconnaissance totale de la langue anglaise, de leurs poids et mesures et d’autres causes déjà mentionnées, la solidarité et le soutien mutuel étaient toujours de premier ordre, régnant en harmonie. Lorsque, après quelques années, tous, plus ou moins, ont commencé à acquérir une notion et une assimilation de l’anglais et s’adaptaient aux coutumes et à l’environnement du pays, c’est alors que la discorde s’est installée dans la conscience de l’individu, faisant perdre l’esprit combatif, passant à un régime végétatif qui ne crée rien et gâche tout. L’individu se matérialisait et sa métamorphose le faisait oublier ce qu’il avait tant proclamé et défendu un jour par amour… Quand tout permettait d’élargir, d’animer et d’organiser l’offensive contre le régime honteux espagnol, …étant donné que tous, plus ou moins, étaient établis, gagnant des salaires (de petits bourgeois en comparaison avec d’autres pays américains et européens) qui leur permettaient de s’engager dans un cercle d’activités plus vaste ; lorsque tout permettait déjà de créer des organismes de lutte contre le régime en vigueur en Espagne ; lorsque la religion cédait déjà une partie de son pouvoir sous la pression croissante de la position cléricale qui, chaque jour, exposait de manière évidente les viles manœuvres d’exploitation morale et matérielle du régime franquiste, c’est alors que la majorité des individus de toutes tendances politiques et syndicales antifascistes abandonnent ce qui les avait un jour honorés, ces postulats qu’ils disaient défendre jusqu’à la mort, et oublient les souffrances qu’ils ont eux-mêmes subies à cause du fascisme et les tourments du peuple espagnol et d’autres peuples soumis au joug de la plus vile et infâme exploitation des temps modernes, se débattant seuls pour renverser leurs tyrans, comme cela se passe au Portugal, en Espagne, à Cuba, etc.
La Ligue Démocratique Espagnole à Montréal disparaît de la scène des luttes sociales et avec elle son magnifique organe de propagande. La F.L. de la C.N.T. perd vitalité à cause de sa dislocation et ces bons camarades abandonnent l’avant-garde pour se consacrer à l’arrière-garde, lançant des lamentations vaines qui s’évaporent dans des odeurs malsaines. Le cas de B. García Polanco est méprisé par ceux qui avaient l’obligation et le devoir moral de l’aider, d’autant plus qu’on ne pouvait ignorer les bonnes intentions de ce camarade qui consacrait tout son temps libre à faire du prosélytisme anarchiste dans les centres universitaires et d’autres lieux d’enseignement. Rebordosa, il est honorable de le dire, fut le camarade qui, comprenant la gravité de la situation de ce libertaire, le défendit en mobilisant tous les moyens à sa disposition. J’ignore si le groupe de Toronto a intervenu, pour ou contre le sujet. À Calgary, la situation s’est déroulée de manière similaire à ce qui s’est passé à Montréal. Le Spanish Canada Club disparaît à cause des luttes internes entre partis et organisations. La F.L. de la C.N.T., alors nombreuse, subit des fractures et perd une partie de son dynamisme. Le matérialisme absurde absorbe tout, et très peu de personnes seront sauvées du naufrage.
Que reste-t-il aujourd’hui de positif, de sain et de bon au Canada ? Il reste, malgré tout, la C.N.T., soutenue et maintenue par ces quelques camarades que rien ne corrompt et qui gardent vivant l’esprit révolutionnaire ; il reste ceux qui, depuis le début, ont correctement assimilé les postulats et les normes légués par nos maîtres idéologues ; il reste ceux qui n’ont jamais abandonné leur personnalité et qui luttent pour la libération de tous les peuples opprimés, et ceux qui restent sont ceux qui donnent vie à la C.N.T. au Canada, à qui la S.I.A. reconnaît une personnalité et en qui « L’École Moderne de Calgary » a confiance pour continuer l’œuvre entreprise, donnant une vie saine et forte à ce qui a été et ne devrait jamais cesser d’être : LE MOUVEMENT LIBERTAIRE ESPAGNOL.
Félix ALVAREZ FERRERAS
1956 – Correspondance canadienne dans la Soli
Solidaridad Obrera – Hebdomadaire « Solidarité Ouvrière » – Numéro 614
Portavoz de la Confederacion Nacional Del Trabjao de Espana
Paris 27 décembre 1956

ZONE MONDIALE
DEPUIS LE CANADA
Chers compagnons de la « SOLI » : Salut.
J’ai reçu votre courrier, que vous ne pouvez imaginer à quel point il réconforte et renforce dans cette vie troublée de l’exil canadien, où l’on ne trouve rien d’autre qu’une indifférence absolue envers tout ce qui concerne nos chers idéaux et le travail que quelques-uns d’entre nous réalisent pour soulager les peines morales et physiques de ceux qui se trouvent de ce côté du monde abandonnés, sans moyens ni santé.
Ici, tout est noir. Nous vivons dans le règne de l’obscurité et de l’ignorance. Les temples, les tavernes et les banques abondent. Aucun encouragement moral ; la littérature brille de par son absence et si quelque chose perce cette couche d’indifférence, c’est la littérature religieuse qui, soit dit en passant, est officiellement protégée. Il y a trop de luxe, pas assez d’humanisme ; seul le dollar et l’alcool comptent pour ces gens. Les modestes s’en sortent avec des hypothèques ; ils circulent en voiture personnelle, disposent de confort et s’habillent certainement avec luxe, mais ils doivent même le cigare qu’ils fument.
Les avantages sociaux sont très rares, car les syndicats — ou Unions, comme on les appelle ici — sont dirigés par des gens sans scrupules. Avec l’argent des travailleurs, ils ont consolidé un énorme appareil bureaucratique, aussi nuisible et aussi encombrant que peut l’être l’organisation bourgeoise. Dans de nombreuses manufactures importantes, l’adhésion au syndicat est obligatoire, avec des cotisations, selon le métier, de 3 à 5 dollars par mois que le patron déduit — comme maintenant en Espagne — du salaire, et dont les intéressés ne connaissent jamais la destination. Les dirigeants syndicaux font et défont à leur guise. Si vous assistez à une réunion, on ne vous laisse pas parler, il est obligatoire de se taire et d’approuver ce que les directeurs proposent.
En général, le caractère des Canadiens est assez violent. Si, lors des grèves, les ouvriers n’étaient pas freinés, ils commettraient des désastres. Quoi qu’il en soit, ils utilisent tous les moyens à leur disposition, comme faire sauter des voitures, des chantiers, des machines et des matériaux. Ils sabotent tout et ceux qui essaient d’aller travailler reçoivent des coups si violents qu’ils se retrouvent au moins un mois à l’hôpital. Cela dit : si un gréviste de ceux-là tombe entre les mains de la police, le syndicat se lave les mains. Chacun doit se défendre par ses propres moyens.
Voilà comment les choses se passent ici. Dommage que les travailleurs restent si abrutis à cause de la religion, du leadership et du confort. Éduquée socialement, la population de ce pays pourrait donner beaucoup d’elle-même.
CORRESPONDANT.
vers 1950 – Fédération locale CNT-AIT Montréal

Portrait d’un de ses principaux organisateurs
L’anarchiste et anarcho-syndicaliste Francesc Rebordosa Pitarch est né le 27 janvier 1918.
Fils d’un anarchiste, il milite dès son plus jeune âge dans le mouvement libertaire. Lorsque la guerre civile éclata, en août 1936, il embarqua sur un bateau pour Valence à la recherche d’armes et participa plus tard à l’expédition républicaine d’Alberto Bayo Piraud pour soumettre les îles Baléares ; Après avoir libéré Ibiza, il fut blessé lors de la désastreuse tentative de prise de Majorque et fut évacué vers Barcelone. Il est ensuite revenu comme soldat de l’aviation, d’abord sur le terrain d’El Prat, puis à Sariñena jusqu’à la fin de la guerre.
En février 1939, il traverse les Pyrénées par Molló et est enfermé au camp de concentration de Barcarès. Après avoir traversé trois autres camps de réfugiés, il s’inscrit dans une Entreprise des Travailleurs Étrangers (CTE).
Arrêté par les Allemands, il est envoyé travailler dans des usines d’armement puis renvoyé au camp de concentration. Il combat ensuite dans la résistance antinazie sous commandement français. À partir de 1943, il participe à la réorganisation de la Confédération nationale du travail (CNT-AIT). A la fin de la Seconde Guerre mondiale, il s’installe à Lyon (Arpitanie), où il milite dans diverses organisations libertaires. Il fut secrétaire et trésorier de la CNT-AIT Lyon, secrétaire de Propagande de la Jeunesse Libertaire régionales, secrétaire de la CNT-AIT et de la Jeunesse libertaire de Vénissieux, ainsi qu’un militant actif de la Fédération anarchiste ibérique (FAI) et de la Solidarité internationale antifasciste (SIA).
À la fin des années 40, il collabore à la création de la radio CNT dirigée vers la péninsule, avec Josep Dot Arderiu, Raúl Carballeira Lacunza, Cabañas et d’autres.
En 1951, il émigre au Canada et s’installe à Montréal (Québec), devenant un membre clé de la CNT-AIT dans cette région : il fut l’un des fondateurs et premier secrétaire de la CNT-AIT, poste qu’il occupa de manière presque permanente, sauf pendant les 18 mois où il quitta le syndicat à cause de l’affaire Luis Miguel Linsuáin [fils d’émigré espagnol, lieutenant dans le soulèvement anti-Batista à Cuba], enfermé dans les prisons de Castro avec d’autres compagnons libertaires (José Acena, Sandalio Torres, Aquiles Iglesias, Ventura Suárez, Auguste Sánchez, etc.).
En 1954, il organise la SIA canadienne et en 1960 il réorganise la CNT-AIT du Québec. Il fut également membre de la Ligue démocratique espagnole (LDE), créée en 1955 dans le but de rassembler des militants de différentes tendances politiques antifranquistes, et présida le Club Iberia.
En 1991, fortement affaibli par une opération rénale, il se rend en France et en Espagne. On retrouve ses collaborations et traductions dans Le Combat Syndicaliste, Cultura Libertaria, Espoir, Ideas, La Razón, SIA, Sistema Comunal, Umbral, etc…
Il décède à Montréal (Québec) le 6 février 1998,
Source photo: https://www.facebook.com/share/p/15ASBNH5fK/
Source texte: https://www.estelnegre.org/anarcoefemerides/2701.html
1871 – La Commune de Paris
Du 28 mars jusqu’à la fin du mois de mai 1871, la classe ouvrière parisienne prend le contrôle de la capitale française.
Véritable insurrection populaire, la Commune fut à la fois une réaction à la défaite militaire française face à la Prusse et une révolte contre les institutions bourgeoises et monarchistes. Les Communards, comme on les appelle, cherchent alors à élaborer un contre-pouvoir républicain reposant sur la démocratie directe fortement teinté par les principes libertaires.
Les derniers jours de la Commune furent tragiques. Au cours de ce qu’on a appelé la « semaine sanglante » des milliers de Communards sont tuées par les troupes restées fidèles à l’ordre ancien. Au moins 1500 d’entre eux furent fusillés. Des conseils de guerre sont formés pour juger ceux et celles qui sont fait prisonniers. Quelques milliers de communards sont ainsi déportés dans les bagnes de Nouvelle-Calédonie. Des milliers d’autres prennent les chemins de l’exil et sont jugés par contumace, c’est-à-dire en leur absence, à de lourdes peines d’emprisonnements.
Ces réfugiés se retrouvent notamment en Angleterre et aux États-Unis, où ils forment des groupes politiques anarchistes, socialistes ou républicains. Ce qu’on sait moins, c’est qu’un certain nombre d’entre eux aboutissent au Canada. À Montréal bien sûr, mais aussi à Québec.
Combien furent-ils ? Leur nombre reste encore incertain. On sait en revanche que des centaines d’immigrants français arrivent au Québec au lendemain de la Commune. La plupart fuient les conséquences dramatiques de la guerre franco-prussienne. Beaucoup sont d’origine alsacienne, dont le territoire est annexé par la Prusse.
Ils sont attirés au Canada par un agent d’immigration dépéché par le gouvernement fédéral. Celui-ci fait miroiter des emplois bien payés aux ouvriers et aux artisans qui désirent refaire leur vie en milieu urbain, et des terres fertiles aux paysans tentés par l’aventure.
Dans ce flot de réfugiés, on compte plusieurs Communards qui ont fui la France avant d’être condamnés par les tribunaux militaires. Ils ont en commun d’avoir défendu la Commune les armes à la main.
Pour nous donner une meilleure idée de leur profil, passons rapidement en revue le parcours de quelques-uns d’entre eux.
Rodolphe Bresdin, graveur de grande réputation, arrivé à Montréal en 1873. Issu du prolétariat, Bresdin a toujours affiché ses sympathies républicaines. Ami du peintre Gustave Courbet, il s’engage dans la défense de Paris et prend part aux événements de mai 1871.
Claude Chatelet, du club démocrate socialiste du 13e arrondissement de Paris, ex-membre de l’Association internationale des travailleurs, arrivé à Montréal en 1872-
Léandre Danjou, menuisier, ancien garde national rebelle, arrivé à Montréal en 1874 après sa condamnation par contumace.
Léon Louis Grandperret, horloger-bijoutier. Adjudant de la 18e légion fédérée pendant la Commune, il fut condamné par contumace, le 12 avril 1873 à la déportation dans une enceinte fortifiée. Arrivé à Québec en 1872, il ouvre une boutique et reprend son travail comme horloger.
Hector Piednoir. Membre influent de la Commune et d’une section locale de l’Association internationale des travailleurs, Hector Piednoir fut l’un des fondateurs de la Ligue de Défense à outrance. Il fut l’un des signataires de l’Affiche rouge du 6 janvier 1871, proclamation au peuple de Paris pour dénoncer « la trahison » du gouvernement et pour mettre en avant trois mots d’ordre : Réquisition générale, rationnement gratuit, attaque en masse. Elle se terminait par ces mots : « Place au peuple ! Place à la Commune ! »
Par contumace, le conseil de guerre condamne Piednoir à la déportation dans une enceinte fortifiée et à la dégradation civique. Réfugié à Londres, Piednoir se joint au groupe d’exilés de la Commune avant de partir ensuite en Amérique du Nord, d’abord au Canada, puis aux États-Unis.
Nicolas Vannier. En 1871, il fait partie de la garde nationale et délégué au 132e bataillon fédéré. Condamné par contumace, le 13 mars 1874 à la déportation dans une enceinte fortifiée, Vannier est déjà en exil au Canada. Arrivé à Québec en 1872, il cherche à fonder une « colonie » française en Beauce, non loin de la frontière américaine. Ce projet, très prometteur, va finalement échouer. Il reste encore des traces de cette tentative d’implantation, notamment un moulin à scie et à farine que l’on peut aujourd’hui visiter dans le village de Sainte-Aurélie.
Malheureusement pour ces réfugiés, les promesses du gouvernement canadien s’avèrent complètement fausses. À leur arrivée, ils sont laissés à eux-mêmes. Bientôt, une crise économique détruit leurs espoirs d’une vie meilleure.
C’est ce que va dénoncer l’un de ces immigrants français, Henri François Humbert D’Abrigeon, ingénieur civil arrivé à Montréal en 1873. Lors d’une conférence prononcée en 1874 à l’Institut canadien de Montréal, il critique vivement l’attitude du gouvernement canadien et décrit les mauvaises conditions de vie des immigrants français. D’Abrigeon s’en prend aussi à l’emprise du clergé catholique sur la société canadienne-française. Le journal conservateur La Minerve utilise ce prétexte pour s’attaquer à lui et à tous les « Communards », supposés ou réels : l’esprit de la Commune n’a pas le droit de citer chez nous. Gare à celui qui osera s’en prendre à nos institutions. Le consulat français s’inquiète aussi de la présence de ces troubles-fêtes, qui ont une influence négative sur les autres immigrants et qui manifestent de plus en plus bruyamment contre les autorités.
Les communards (avec un grand C), peu nombreux, eurent sans doute une influence limitée au Québec. D’autres immigrants français, arrivés à la même période, eurent en revanche un réel impact sur le monde ouvrier. C’est notamment le cas de Jules Helbronner, journaliste d’origine juive et alsacienne arrivé à Montréal en 1874, qui signera pendant plusieurs années une chronique ouvrière dans le journal La Presse où sous le pseudonyme de Jean-Baptiste Gagnepetit, il encourage les travailleurs à former des syndicats et des coopératives pour défendre leurs intérêts.
On peut tout de même se poser la question sur les traces laissées par la présence des Communards et du rôle qu’ils ont pu jouer dans la circulation des idées révolutionnaires ou tout simplement progressistes en sol québécois. Seules des recherches plus avancées nous permettrons de mieux comprendre cette influence sous-estimée.